avril 25, 2280

La marche poussière

L'école de Goodspring est un grand bâtiment dont la façade est rougeâtre. Ce taudis est une vraie ruine dont les issues ont été condamnées. Mais je remarque que les planches de bois qui maintenaient les portes fermées, ont été déclouées, et gisent au sol.

J'avance lentement vers l'entrée et garde la main sur la crosse de mon arme. Sait-on jamais.
Poussant la porte entrouverte, les rayons du soleil dans mon dos me précèdent, sur le vestibule. Ils font danser la poussière devant mes yeux, comme autant de particules dorées. Les semelles métalliques de mes bottes claquent sur le bois de la bâtisse. Je n'ai jamais été très doué pour les entrées discrètes.
Mais en fait, je m'en suis toujours foutu royalement.

Passé l'entrée, j'arrive dans une vaste salle plongée dans une semi-pénombre. Des écritoires rouillées et à moitié détruits jonchent le sol, au milieu de la pièce. Parmi ces bazars de bois et de métal, des livres calcinés sont répandus eux-aussi par terre.
Il n'y a plus personne ici.



Mais il y a dans un coin, de vieux matelas abandonnés. Dans un autre, un gros sac en toile, fermé par une corde épaisse. Une tâche brunâtre en dessous.
Je m'approche et craque une allumette. Pas de doute, c'est une tâche de sang. Je dénoue la corde qui ferme le sac, et l'ouvre.
Une odeur pestilentielle m'emplit les narines et la gorge et me fait basculer en arrière. L'odeur de la putréfaction. Je la connais suffisamment pour la reconnaître d'emblée. Remontant mon bras devant ma bouche et le nez pour me protéger de la puanteur, je lève l'ouverture du sac de l'autre main, et jette un œil à l'intérieur.
La tête en décomposition d'un type repose dedans. Je laisse le sac et m'en écarte pour reprendre ma respiration.

Il n'y a rien ici qui vaille mon attention en particulier. Cette tête abandonnée est simplement le signe de la cruauté du groupe que je poursuis. Mais quoi qu'il en soit, je n'ai pas l'intention de terminer une nouvelle fois enseveli six pieds sous terre.
Je quitte l'ombre de la bâtisse pour retrouver la suffocante chaleur du désert de Mojave. Et je me met en marche vers le sud.
J'aperçois au loin le miroitement du bitume défoncé d'une route, et j'y dirige mes pas, ne laissant qu'un sillon de poussière derrière moi, vite balayé par le vent chaud du jour.

Un peu plus loin, alors que mes pieds ont fini par atterrir sur l'asphalte de l'A 91, j'aperçois un groupe de Geckos, à l'ombre de rochers, à l'ouest de ma position.
Je quitte la route pour me mettre à couvert de monticules qui serpentent le long de la route.
Les Geckos sont suffisamment dangereux lorsqu'ils sont en nombre pour que je souhaite éviter une confrontation. Ces lézards à forme vaguement humanoïde courent plus vite que moi, et je tiens à économiser mes munitions contre d'éventuelles rencontres avec des Raiders qui pourraient sillonner la région.
J'avance accroupi et jette régulièrement un oeil en direction des lézards mutants pour voir si ils m'auraient repérés. Je fini par mettre suffisamment de distance, pour reprendre mon chemin sur la route.

Au bout d'une heure sous le soleil brûlant, je m'arrête un instant pour boire un peu d'eau. De la sueur coule sur mes tempes, que j'essuie d'un revers de la main.
Une détonation retentit et un sifflement passe près de mes oreilles.
Je me jette au sol, fait un roulé-boulé sur le côté et dégaine mon arme pour faire face à la menace, en restant prudemment accroupi. D'autres coups de feu retentissent et je finis par voir la flamme du canon, un peu plus loin, près d'une caravane abandonnée sur le bord de la route.
Je tire deux fois et me met à courir dans la direction de l'agresseur. A cette distance, s'il dispose d'un fusil, je n'ai aucune chance avec mon revolver. J'effectue une série de zigzag, en tassant les épaules pendant ma course.
Le tireur est obligé de sortir de son couvert pour me viser plus correctement, et je réplique en plein sprint par deux autres balles dans sa direction, pour l'empêcher de m'aligner dans son viseur.
Je suis désormais à une distance suffisante pour que mes coups de feu lui soient fatals. Il dispose d'une carabine à culasse, ce qui l'empêche d'avoir une cadence de tir rapide.
Je profite qu'il se mette à réarmer pour m'affaler au sol, à une quinzaine de mètres de lui, et le viser. Il remarque ma manœuvre et plonge sur le côté pour éviter mon tir. Merde ! je l'ai manqué.
Il me reste une balle dans le barillet.
Je me relève et fonce pour me mettre à couvert de la caravane, du côté opposé de son couvert. Son tir me manque de nouveau, et je suis désormais hors de sa ligne de mire.
C'est un piètre tireur en fait. Trop survolté, pas assez précis. Il manque de patience.

Je lance un regard prudent derrière mon abri de tôle, et il me tire dessus à nouveau. Sauf que cette fois, rien ne sors de son canon. Il est à court de munitions.
Je sors de mon abri et marche tranquillement vers lui, en levant mon arme. Ses yeux fous laissent percevoir sa panique, et son incrédulité. A ce regard et ce sourire niais crispé, je me dis que c'est sûrement un accro au Jet, ou aux Rad-X. 
Il s'élance vers moi en levant la crosse de son fusil alors que j'appuie sur la détente.
Le coup le fauche à la gorge et le propulse en arrière.


C'était un gamin d'à peine 16 ans, à priori. L'arrière de son crâne a été emporté par le coup.
_"Désolé, petit. Tu seras peut-être mieux loti dans l'autre monde."

Un matin à Goodspring III

Je referme la porte derrière moi. 

J'entends simplement le bruit de vieux volets grinçants qui battent sous les rafales de vent, et le grésillement d'un vieux poste radio. Je reconnais instinctivement la voix du speaker, qui m'indique que c'est radio New Vegas. C'est pas bien dur à deviner, de toute façon. Ya que deux fréquences qu'on capte par ici, et l'autre est une émission musicale qui passe les tubes du moment.
"... de suite les nouvelles fraîches ! Suite à d'importantes coupures de courant dans la région, un de nos reporters est allé se renseigner sur la distribution d'énergie à la centrale Helios One, qui complète les besoins des habitants pendant la réhabilitation du barrage de Hoover, sur le Colorado. 
Les soldats de la RNC en stationnement dans la centrale n'ont pas souhaités faire de commentaire, mais un ingénieur de la Confrérie de l'Apocalypse a été assez aimable pour nous renseigner sur..."

_ "Qu'est ce que j'vous sers ?"
Une femme d'une quarantaine d'années me toise, derrière le comptoir, en essuyant ses gobelets de cuivre avec un torchon.
_ "Vous me proposez quoi ?"
_ "Bière, Scotch, Vodka, Nuka-Cola, un peu d'eau de puit".
_ "Votre flotte est irradiée ?"
_ "Ouais, mais le goût indique que ça reste acceptable. Je vous fait le verre pour 13 capsules".
Je reste silencieux un moment.
 "... et il semblerait que la centrale ne fournisse qu'un 1% de ses capacités effectives ! Espérons que cette bonne vieille République de Nouvelle Californie trouvera un moyen de pousser un peu le jus ! Sans plus attendre, voici un morceau qui..."

_"Servez-moi votre scotch et quelques renseignements".
Je dépose une poignée de capsules sur le bar, en m'asseyant sur un tabouret, en face de la femme. Il doit y avoir à peu près 30 caps.
_ "Vous seriez pas le type que Victor à déterré l'autre nuit, par hasard ?"
_ "Y parait, ouais. Écoutez, j'ai pas l'intention de m'attarder en ville. Le doc' m'a remis d'aplomb, et je veux juste savoir qui sont les types qui m'ont abattus. Et où ils allaient."
_ "J'en sais trop rien, ils ont pas mis les pieds au Prospector. Mais peut-être que Sunny saura vous dire quelque chose. Je sais qu'elle à échangé quelques mots avec eux, la veille de votre accident. Elle est dans la salle de billard, avec son clebs."

Je grimace. J'ai filé à cette poulette toutes mes capsules. Si je veux payer mes infos, faudra que je trouve un autre moyen, la prochaine fois.
J'incline la tête en guise de remerciement, et me lève de mon tabouret. J'avale d'un trait la rasade de scotch qui me brûle l'oesophage et l'estomac. Putain, ça fait du bien. J'allume une cigarette et me dirige tranquillement vers la salle de jeux du Prospector.

_ "C'est toi Sunny ?"
Une petite femme rousse en armure de cuir me tourne le dos. Elle porte un fusil de chasse en bandoulière, et boit silencieusement un soda, en regardant la lumière filtrer à travers les planches de bois qui scellent les fenêtre du bar.
_ "Qu'est ce que ça peut te foutre ? Tu lui veux quoi à Sunny ?"
Celle là va sûrement rapidement me faire chier. Je décide de prendre le raccourci le plus efficace que je connaisse.
Je pointe le canon de mon colt sur l'arrière de son crâne et arme le chien du révolver. 
Elle se fige et lève lentement les main.
_ "Discuter, c'est tout. Qu'est ce que tu sais des Grands Khans et du type qui les accompagnaient ?"
Sunny reste figée, mais sa langue se délie plus volontiers.
_ "Pas grand chose. Quand ils sont arrivés, je suis allée les trouver. Je leur ai dit qu'on voulait pas d'emmerde à Goodspring, et que si ils cherchaient des noises, qu'ils veuillent bien foutre le camp plus loin. 
Le type en costume bizarre m'a dit qu'il attendaient simplement un ami, et qu'ils s'installeraient un jour ou deux dans les ruines de l'école, en attendant."
_ "Tu sais dans quelle direction ils sont allés, après avoir quittés la ville ?"
_ "Ouep. Mais je vois pas ce que ça me rapporte de te le dire. File-moi quelques capsules, et la mémoire me reviendra peut-être"
_ "Ce que ça te rapporte ? La vie sauve."
A toi de voir.
J'appuie un peu plus le canon du revolver sur le haut de son crâne et m'apprête à tirer. J'aime pas qu'on me prenne pour un con, et je suis passablement irritable en ce moment.
_ "Pour c'que j'en sais, ils sont partis en direction de l'A 91, au sud. Peut-être qu'ils sont allés à Primm, j'en sais rien".
Je range mon arme dans le holster.
_ "Merci, t'es vraiment très serviable."
_ "Ca, c'est clair..."


Seul le bruit de mes bottes m'accompagne à la sortie du Prospector.
Je compte aller jeter un oeil à cette école, puis je mettrai les voiles. J'ai déjà perdu bien assez de temps.