avril 25, 2280

Un matin à Goodspring II

Je suis resté chez le doc quelques jours. 
Au début je tenais pas vraiment sur mes guiboles. Le vieux médecin devait même m'aider pour bouffer et aller chier, parce que j'étais pas foutu de me débrouiller tout seul. Ça pardonne pas de se prendre un tir dans la tête, c'est sûr.
Mais petit à petit, j'ai fini par récupérer. 

On parlait pas beaucoup, Mitchell et moi. Faut dire que j'ai jamais vraiment été doué pour ça. Avant, je passais le plus clair de mon temps à parcourir les Terres Dévastées, à la recherche de ne je sais quoi. Ce qui était certain, c'est que rien de ce que j'avais vu jusqu'à maintenant me donnait envie de poser mon sac pour faire semblant de reprendre une vie normale.
Ya pas de vie normale, ici.
Et puis j'aurais fait quoi ? J'aurais ouvert un bar ? Cultivé du maïs radioactif ? Fait un élevage de brahmines ?
Mon cul ouais. 
J'ai la bougeotte, et c'est très bien comme ça... du moins quand je ne me prend pas une balle dans le sifflet.

Le doc à été bon avec moi, ceci dit. Patient et généreux.
Quand j'ai été en état, je lui ai demandé s'il savait ce qui m'était arrivé.
Il m'a raconté que Victor, un robot du coin, m'avait trouvé dans une tombe du cimetière de Goodspring, encore vivant. C'est ce tas de boulons qui m'avait transporté jusque chez le doc, dans l'état où il m'avait trouvé. Et la suite bein...
Mitchell en savait pas beaucoup plus, et il avait aucune idée de l'identité du type en costard.
Moi, j'avais besoin de réponses. Je me laissais pas trouer le cuir comme ça, et j'avais bien l'intention de mettre la main sur ce type qui me croyait mort, et qui m'avait fauché le jeton de casino.

Ça devait faire une bonne semaine que j'étais en convalescence, et il était grand temps que je me tire. Mon bienfaiteur m'apporta mes affaires.
Je ne possédais pas grand chose, c'est un fait. Ma vieille combi en cuir renforcée, quelques flacons d'eau sale, un peu de viande desséchée, et une poignée de capsules de Nuka-Cola, la monnaie courante des Terres Dévastées.
_ "C'est une belle arme que tu as là, Snake."
Mitchell me tendit mon vieux .357, dont la crosse était gravée d'un serpent blanc.
_ "C'est mon assurance-vie, doc. J'ai rien de plus précieux que cette vieille pétoire".
Je glisse l'arme dans son étui, à ma hanche et je m'apprête à quitter la quiétude de sa maison. Je dépose quelques capsules sur le meuble de l'entrée, en guise de remerciement, puis je franchis le seuil, sous le soleil déjà chaud de la matinée.
_ "Si tu veux en savoir plus sur ton agresseur, va au Prospector, le bar de Goodspring. Trudy ou Sunny pourront peut-être te renseigner. Sinon, tu peux toujours aller faire un brin de causette à Victor. Il se prend pour un cow-boy, il lui manque sûrement quelques boulons, mais il n'est pas bien méchant, de ce que j'en sais."
_ "Compris, doc. Faites gaffe à vous."



J'abrite mes yeux sans pupilles de la main, à cause du soleil. Je suis resté enfermé trop longtemps dans cette bicoque, et j'ai toujours mieux vu de nuit que de jour. Je sors une cigarette d'un paquet à moitié écrasé dans ma poche, puis l'allume, avant de descendre tranquillement vers le Prospector.


avril 17, 2280

Un matin à Goodspring

J'ouvre les yeux.

Ma tête, bon dieu... cette douleur qui me vrille. 
Ma vision est floue et un sifflement désagréable tinte à mes oreilles. Et puis une voix, plus grave, dont je ne parviens pas à comprendre le sens. Je roule sur le côté et manque de tomber du lit sur lequel je me trouve.
Je suis complètement engourdi. Mes jambes tremblent et mes bras sont littéralement anesthésiés. 

_ "Hey là, doucement mon garçon."
Une main sur mon épaule me soutient, et m'aide à m'asseoir à peu près droit.
"Tu as pris un sacré coup tu sais. Je t'ai rafistolé au mieux, et je dois dire que je suis assez fier de moi, après ce que tu t'es mangé. Doucement, ne t'agites pas trop. T'es un dur à cuire, toi... n'importe qui serait mort après ça."
 _ "Après quoi ?"
 
Ma bouche est pâteuse et j'articule difficilement. Je crève de soif et ma gorge est un désert de cendre. J'ai l'impression d'être revenu d'un voyage en enfer. 
En fait, c'est vraiment le cas.

Le vieux bonhomme en face de moi se remet à parler. Mais j'entends rien de son discours lent et patient. Parce que pendant qu'il me cause, je me rappelle ce qui s'est passé.

 
Je devais livrer un paquet sur le Strip de New Vegas. J'étais payé pour ça. Et pour une course, c'était rondement bien rétribué.
J'aurais dû me méfier de ce que ça impliquait, d'ailleurs, mais c'était mon premier job pour le Mojave Express, et j'ai pas tout de suite tilté qu'il y avait anguille sous roche. 

J'ai récupéré le paquet au dépôt de l'Express. C'était un simple jeton de casino en métal blanc, enveloppé dans un mouchoir crasseux. Je l'ai mit dans ma poche, et j'ai chargé mes armes. Puis j'ai commencé à marcher en direction du nord, vers Vegas. 
J'avais pas fait quelques lieues, que des types me sont tombés dessus. Armés jusqu'aux dents. 
C'était des grands Khans, et il y avait un type avec eux. Sûrement celui qui les avaient engagés. Cheveux bruns gominés, costume à carreaux noir et blanc, chaussures impeccables... ce mec faisait tâche en plein désert. 
J'ai abattu quelques uns de ces chiens, puis je me suis pris un coup sur la tête, et j'ai sombré.

Quand je suis revenu à moi, la nuit était tombée. J'étais pieds et poings liés. Je bouffais un peu de poussière, pour changer.
Debout, en face de moi, se tenait le type en costume, entouré des salopes de mercenaires qu'il avait engagés. Ces types se prenaient pour les rois du désert. Ils étaient dangereux. Peut-être pas autant que ces cinglés de Tox, cependant.

A la lueur d'une vieille lanterne électrique, un des Khans creusait un trou, avec une pelle. Il me jeta un regard amusé et cracha par terre. Puis il sorti du trou.
Moi, j'avais bien senti que je m'apprêtais à y rentrer, et ça ne me plaisait pas vraiment.

 

"Je suis vraiment navré que tu te sois retrouvé dans une sale histoire comme ça. C'est vraiment la poisse..."
Le type au costard sorti un 9mm de sa veste et pointa le canon vers moi.
"En vérité... les dés étaient pipés depuis le début."
Une détonation.
Et puis plus rien.

 



_"Hé ho, ça va ? T'as pas écouté un traître mot de ce que je raconte, pas vrai ? Ouais, bon... je crois que je devrais te laisser te reposer encore un peu. Je serais à côté si tu as besoin de quelque chose."
_ "Merci doc."
_ "Remercie le ciel plutôt, t'es un putain de miraculé."